RAPPORT DE VOYAGE du mois de JANVIER 2017

Nous organisons chaque année un voyage d’une vingtaine de jours au Burkina. Nous rencontrons nos interlocuteurs, visitons les sites et discutons des aides futures. Ce voyage est important et donne lieu à un « rapport de voyage » qui donne une très bonne vision de nos différentes interventions avec les succès et les problèmes rencontrés. Nous publions sur ce site le rapport du dernier voyage en janvier 2017  

            RAPPORT DE VOYAGE AU BURKINA DU 18 janvier au 3 février 2017

Après une année 2016 sans la visite annuelle et traditionnelle au Burkina, nous avons décidé – après nous être assurés que le risque djihadiste restait raisonnable (nous bougeons beaucoup et vite) d’entreprendre ce voyage d’une quinzaine de jours pour rencontrer nos partenaires, visiter nos réalisations et recueillir de nouveaux projets.

Denis Lemarchand, votre Trésorier  et Michel Vandier, votre président ont donc pris l’avion le 18 Janvier pour Ouagadougou. Pour Denis, c’était le deuxième voyage après celui effectué en février 2015. Il connaissait donc le pays et nos interlocuteurs. Denis avec toute sa finesse (Denis a été élevé chez les Jésuites pour le meilleur, oserais-je préciser!) et son humour, très appréciés lors de nos nombreuses rencontres, a été un contributeur décisif au succès de notre séjour.

Nous avons parcouru trois mille kilomètres au volant d’un pick up Mitsubishi double cabine  (pour mettre nos bagages, la benne n’ayant pas de couvercle) à quatre roues motrices avec une suspension très ferme, idéale pour les larges pistes rouges et les pistes blanches étroites se faufilant au milieu des épineux… et aussi, de manière imprévue,  pour le « goudron » qui s’est révélé en de maints endroits en très mauvais état. Nous n’avons jamais roulé au Burkina sur des routes aussi détériorées que celles que nous avons parcourues à l’est du pays de Koupela à Ouagadougou (80 km) et de Fada à Kantchari (150 km) : des milliers de trous très profonds nous obligeant à zigzaguer continuellement et, en beaucoup d’endroits, à rétrograder en première, mettre la roue dans le trou puis sortir du trou en ré-accélérant : le temps de parcours était multiplié  au minimum par deux ainsi que la consommation de gazoil. Les grandes pistes rouges, naguère en bon état, étaient, elles aussi, très défoncées allongeant sensiblement les temps de parcours. Par bonheur, nous n’avons cassé aucune suspension ni même crevé aucun pneu, ce qui nous aurait mis en grande difficulté (roues très lourdes, matériel compliqué). Mais en d’autres endroits, heureusement, à l’ouest notamment, le « goudron » était impeccable avec des routes refaites récemment.

Tout ceci pour donner l’ambiance mais aussi pour expliquer que nous pensons que cet état des routes, certes aggravé par une saison de pluies abondantes et très violentes, est sans doute la conséquence de la pénurie financière subie par le Burkina suite aux évènements politiques que le pays a enduré en 2013-2014 (coup d’état, émeutes, changement de régime). Cette pénurie financière a touché aussi l’Education Nationale, comme nous le verrons plus loin, et une de nos réalisations en a été directement impactée. Le pire semble néanmoins être passé, et la stabilité politique du pays lui a permis de négocier un soutien international pour un plan de développement important qui devrait permettre un retour à la normale.

Le pays nous a semblé calme et nous n’avons pas perçu la moindre menace, au contraire, nous avons remarqué la multiplication des contrôles de police et de gendarmerie (tous très courtois)  à la sortie de toutes les villes ce qui nous rassurait mais ce qui énervait beaucoup les passagers des cars qui devaient tous descendre et montrer leurs papiers d’identité.

La menace djihadiste au Burkina se situe sur les frontières allant du Sud Ouest au Sud Est en passant par le Nord bordant le Mali (80% de la frontière définie) et le Niger. Jusqu’à cette année, nous pouvions sans problème aller à l’Est du Burkina, en résidant à Kantchari par exemple où se situe notre Centre de Santé (CSPS et centre nutritionnel) mais maintenant ce n’est plus possible, ce qui nous désole. Un prêtre rédemptoriste blanc qui allait tous les jours dans la brousse de cette région a été obligé de quitter Kantchari et de se rapatrier à Fada.

La pression sur les frontières Nord du Burkina est donc très forte, les incidents meurtriers suite à des coups de main de la part de ces terroristes sont fréquents et il faut espérer que les acteurs locaux (Mali, Burkina, Niger et Tchad) soutenus par la France et les USA vont prendre les moyens pour protéger cette zone du Sahel et ne pas compromettre les efforts de développement de ces pays.

Arrivés à Ouagadougou dans la soirée du 18 janvier, dès le lendemain, le jeudi 19, nous avons rencontré  Léopold Boukoungou, délégué Burkinabé de la Fondation TuaRes, le cabinet de prospection géologique Bera et Sœur Blandine de la congrégation des SIC (Sœurs de l’Immaculée Conception), l’une des plus importantes du Burkina. Nous avons soutenu plusieurs réalisations de cette congrégation et notamment l’école primaire de Saint Robert Bellarmin à Pouytenga sur laquelle nous reviendrons.

 Ouagadougou, le cabinet Bera, l’école de Goundri, TuaRes…

Nous voulions en effet rencontrer Léopold pour faire le point sur le dossier de l’école de Goundri dans les faubourgs de Ouaga. Notre association soutient depuis de très nombreuses années cette école qui accueille des enfants de familles très démunies. Grâce à l’une de nos administratrices, Camille Grève (née Lamy) qui nous a mis en relation avec la Fondation  allemande TuaRes, nous avons pu faire connaître à cette fondation l’école de Goundri. La Fondation TuaRes a pour seul objectif au Burkina de soutenir des programmes intensifs de développement (scolarisation dans le secondaire uniquement et formation humaine), des filles issues de familles particulièrement défavorisées. Goundri répondait bien à cette caractéristique et, bien que, du fait que cela soit une école privée, le coût pour TuaRes soit nettement plus élevé, TuaRes a mis en place un programme qui a pris en charge l’intégralité du forfait scolaire et du per diem (nourriture, fournitures scolaires) de 140 filles à ce jour pour les mener de la sixième à la terminale. Année après année donc, Goundri, qui n’était qu’une école primaire, a organisé, en liaison étroite avec TuaRes, la mise en place d’un enseignement secondaire pour ces filles en ouvrant chaque année une nouvelle classe : sixième, puis cinquième et enfin quatrième pour l’année 2016-2017.

La répartition des rôles est donc la suivante : TuaRes assure le parrainage total des filles, Goundri assure l’enseignement secondaire et Amitié et Développement assure les investissements en bâtiment et équipement des classes. TuaRes est très exigeant sur la qualité de l’enseignement et sur la motivation des filles car ils veulent des résultats. TuaRes a affecté une assistante sociale à Goundri (cela a été une vraie nouveauté) qui aide les filles à résoudre des situations sociales et familiales souvent compliquées.

La mise en place de ce partenariat n’a pu se faire que grâce à la bonne volonté à la fois de  TuaRes et de l’équipe enseignante de Goundri car il fallait apprendre à se connaître et à travailler ensemble.

Léopold nous a confirmé que TuaRes était satisfait de la manière dont le programme se déroulait et comptait bien poursuivre la « montée en classe » du groupe existant tout en ne souhaitant pas, dans l’immédiat, augmenter le nombre des filles concernées, la charge budgétaire étant déjà très importante, même si Goundri ne représente à priori que peu de choses en nombre de filles, comparé à tous les programmes que TuaRes a lancé au Burkina.

La grande nouveauté dans l’organisation du programme depuis deux ans est la mixité des classes. Avant, les filles soutenues par TuaRes étaient toutes mises dans une même classe. Il y avait donc, d’un côté « les filles TuaRes » avec leur régime « privilégié » et les autres extérieures au programme, ce qui n’était pas sans créer quelques problèmes d’harmonie au sein de l’école. Maintenant, il y a une ou deux classes uniquement TuaRes  mais les autres sont mixtes c’est à dire mélangeant les filles du programme avec les autres. Les différences existent toujours mais sont moins marquées et l’équipe enseignante de Goundri est plutôt satisfaite de cela.

L’après-midi de ce jeudi, nous avons vu le cabinet Bera, maître d’œuvre du programme des 5 forages et des 50 latrines à Fada. Nous avions recouru déjà à ce cabinet pour le fameux programme des 15 forages financés par l’Agence de l’Eau Seine Normandie, en 2013/2014 et nous avions été très contents de ses prestations. Ils travaillent de manière étroite avec le maître d’ouvrage du programme (Caritas Burkina de Fada) et nous nous sommes mis d’accord sur leur rôle et sur les modalités financières. Ils devaient commencer trois jours plus tard la prospection géophysique des 5 forages (ce qui a été fait à l’heure de la rédaction ce rapport).

Le soir, nous avons dîné avec Sœur Blandine et sa communauté. Très sympathique et très joyeux, passionnées qu’elles sont toutes d’écouter nos histoires de France décrivant l’environnement politique et sociétal de notre pays, pas toujours exemplaire malheureusement! Sœur Blandine est actuellement inspectrice du primaire et responsable d’une petite communauté de Sœurs qui est en charge d’une  petite école primaire d’un quartier de Ouaga. Elle voudrait que nous les aidions à acquérir un véhicule qui  leur faciliterait considérablement la vie en lieu et place des motos.

Fada et Kantchari…les forages nouveaux et anciens, le centre de santé/nutritionnel…

Le lendemain, vendredi vers 7h30 nous avons quitté Ouaga pour Fada N’ Gourma en passant par Koupela, soit environ 230 kms. Tout était parfait jusqu’à Koupela mais après, entre Koupela et Fada, nous avons eu cette fameuse route avec quelques traces de goudron entre les trous…une sorte de Verdun goudronné ! Arrivés assez éprouvés car nous n’avions pas encore pris le rythme du pays, nous avons déjeuné avec le Secrétaire exécutif de Caritas Burkina Fada, l’abbé Landry Yadgo , initiateur du projet  sanitaire, eau (5 forages) et latrines publiques ( 50 latrines, 10 par village) avant d’aller rendre visite dans l’après-midi aux maires des deux communes concernées par ces forages : la ville de Fada (trois forages dans trois bourgs) et la ville de Yamba (deux forages dans deux bourgs). C’est la première fois que nous menons un programme en coopération officielle avec les autorités locales ce qui ne peut que faciliter son bon déroulement et ceci pour respecter l’instruction donnée par le Fonds Eau de Lyon qui, à raison, l’exigeait.

Nous avons été très bien reçus par ces deux maires qui ont vivement remercié notre association et le Fonds Eau de Lyon pour leur aide financière. Nous avons « tamponné » cérémonieusement une des conventions liant la commune (celle de Fada) et les deux maîtres d’ouvrage délégués (nous et Caritas Fada) avec photos à l’appui. Rappelons que ce programme qui est en cours de réalisation (voir précédemment notre commentaire sur le cabinet Bera) et qui doit être achevé d’ici deux à trois mois, a donc un volet eau avec les forages et un volet sanitaire avec les latrines. C’est la première fois que notre association participe à un programme significatif d’implantation de latrines publiques qui, évitant les défécations en pleine nature, contribuent de manière décisive à la diminution des maladies liées à ces pratiques très répandues en brousse, faute d’équipement… et d’argent, surtout !

Rappelons aussi que ce programme d’un coût de 80 000€ a été financé par le Fonds Eau de Lyon à 80% sur présentation du dossier préparé par notre association en liaison étroite avec Caritas Fada.

Le soir de ce vendredi, nous avons dîné à l’Evêché avec l’Evêque de Fada, Monseigneur Pierre Claver Malko, que nous connaissons bien et sur le diocèse duquel nous avons contribué à beaucoup de programmes. Dîner très agréable avec des échanges multiculturels fort intéressants pour tous les convives.

Les trois jours suivants : samedi 21, dimanche 22 et lundi 23 ont été consacrés à la visite de 9 forages sur les quinze réalisés il y a cinq à six ans dans le cadre du programme financé par l’agence de l’Eau Seine Normandie, ainsi qu’à la visite du Centre de Santé de Kantchari.

 Concernant ces forages, nous pensons être une des rares associations qui assurent un suivi aussi précis des programmes réalisés, surtout sur une telle durée. Cela implique une grande rigueur dans la tenue des dossiers : tous les forages se ressemblent, les noms sont compliqués et on oublie très vite.

A chaque fois, nous rédigeons un rapport technique avec photos qui est envoyé à nos partenaires financiers (Agence de l’Eau) et à nos partenaires. Cette visite était assez symbolique car c’était la cinquième année d’existence de ces forages ce qui commence à représenter une durée tangible permettant de voir si les débits sont toujours bons et si l’entretien a été correct.

Un exemple de ce suivi et de la manière dont il a été perçu par les villageois : Il y a environ quatre ans, nous avions noté une fissure importante dans la maçonnerie. Nous avions insisté sur l’urgence de la faire réparer. A chaque fois que nous arrivons sur un forage, la première chose que nous faisons est de faire le tour détaillé du forage avec le rapport des années précédentes à la main avec les photos, puis nous nous réunissons sous un arbre avec les villageois, hommes, femmes chacun de leur côté, le comité de gestion du forage pour avoir une discussion (avec un traducteur)  qui tourne alors autour des pannes, des réparations, des cotisations et qui se termine par la remise en cadeau pour nous d’un ou deux poulets, d’une chèvre… donc, en arrivant sur ce forage, nous faisons le tour habituel et nous constatons que la fissure est réparée… nous félicitons alors le chef du village… en lui montrant la photo prise il y a quatre ans… L’effet fût grand !  Cela leur montre le sérieux du suivi et le fait qu’ils ont intérêt à entretenir. Sur tous les lieux, la population est très contente de nous voir  et très sensible à l’intérêt que des personnes venant d’aussi loin leur témoignent. Ils ne prennent pas du tout ces visites comme une inspection administrative mais comme une visite d’amis qui les ont aidés et qui veulent voir si tout fonctionne.

Et effectivement nous avons été très satisfaits de ce que nous avons vu. Tous fonctionnaient, toutes les réparations demandées avaient été faites et leur propreté était excellente sauf celui de Kantchari dont l’abreuvoir pour les animaux était très sale (nous l’avons signalé au responsable qui nous a dit… qu’il allait le faire nettoyer immédiatement mais chaque année c’est la même chose, pire cette fois car nous ne l’avions pas vu depuis deux ans !). Un autre aussi, en parfait état il y a cinq ans, présentait là des fissures et un léger affaissement un peu inquiétant et ils se sont engagés à faire les travaux nécessaires.

De manière générale, ces forages doivent supporter un nombre d’usagers bien supérieur à ce qui est souhaitable pour permettre un fonctionnement sans problème de la pompe manuelle : normalement, on compte au maximum 300 usagers par forage plus les bêtes. Or, pratiquement tous ceux que nous avons vus sont utilisés par plus de mille personnes voire quelquefois 1500 à 2000. Certains fonctionnent jour et nuit. La conséquence est un nombre de pannes important jusqu’à six en deux ans sur un forage particulièrement sous pression. Normalement, les pannes sont réparées rapidement, les cotisations de maintenance sont payées régulièrement permettant de faire face  au coût financier des réparations. Mais il ne faut pas oublier qu’une panne veut dire faire des kilomètres supplémentaires pour aller sur un autre forage (s’il existe et si on y est admis) ou bien prendre l’eau d’un puits ou du marigot avec tous les problèmes de santé que cela génère.

Le dimanche 22, nous avons été de Fada à Kantchari pour visiter le Centre de Santé que notre association a financé il y a environ une dizaine d’années. Nous nous sommes arrêtés en cours de route, le matin, pour aller en brousse faire 40 km aller retour pour voir le seul forage des quinze que nous n’avions jamais visité encore (et qui était en très bon état) et nous avons été piégés par l’état de la route presque aussi mauvais qu’entre Koupela et Fada mais sur 120 km au lieu de 80. Des trous, des trous, des trous, des zigzags , une durée de trajet doublée , nous sommes arrivés à 14h au lieu de 12h30, les sœurs du Centre très inquiètes mais que nous ne pouvions contacter… Résultat : nous ne sommes restés que deux heures et demie car il nous fallait revenir à Fada avant la tombée de la nuit (18h), puisque nous ne pouvions rester là bas pour la nuit pour des questions de sécurité.

Autant il y a deux ans, c’était un peu la désolation au Centre, autant, cette année, il nous a semblé que cela allait beaucoup mieux. Il y a deux ans, les coupures d’électricité nombreuses qui, si elles durent,  obligent certaines fois à jeter des médicaments conservés au frigidaire  ainsi que la mauvaise qualité du courant avaient eu raison de la pompe électrique qui alimentait en eau le Centre, anéantissant le jardin potager faute d’eau et obligeant les Sœurs à aller chercher l’eau à 2 km. Nous avions financé le remplacement de la pompe ainsi que son équipement solaire pour rendre le Centre autonome : Le groupe électrogène est cher à l’achat et coûteux en carburant et ne peut être de toute manière qu’une solution pour des coupures d’électricité brèves. Cette année 2016, nous avons financé l’équipement en solaire de tout le reste du Centre et cela a été une vraie satisfaction de voir tout cela réalisé et en ordre de marche. Tout Kantchari envie les Sœurs maintenant car c’est le seul endroit  qui reste éclairé lors des coupures… Nous avons vu aussi les fondations de la future maternité (une maternité provisoire est opérationnelle depuis quelques mois : 52 naissances depuis 9 mois) qui est financée par une ONG espagnole (« Manos Unidas »).

Nous sommes alors repartis sur Fada sur le goudron défoncé en tombant dans les mêmes trous pris dans l’autre sens avec la nuit en plus…

Le mardi nous avons quitté Fada et l’Est du Burkina pour rejoindre Bittou  au centre Sud du Burkina, à la frontière du Togo et du Ghana.

Tenkodogo et Bittou, la prison, le complexe scolaire, les chercheurs d’or, un forage…

Sur le chemin, il était prévu de s’arrêter à Tenkodogo, une ville importante entre Koupela et Bitttou au Sud pour visiter le jardin potager de la prison de Tenkodogo. Nous avons, en effet, financé la mise en place d’un jardin potager pour la prison, équipé de la technique du goutte à goutte et de la mise sous serre. Ce jardin est destiné à améliorer l’ordinaire des détenus en leur permettant d’en consommer les produits et aussi d’en vendre une partie. L’argent sert alors à faciliter la sortie des détenus en leur payant une tenue correcte, le voyage pour rejoindre leur village.

Nous sommes donc rentrés dans la prison qui accueille environ 400 détenus dont 11 femmes. Nous avons été très aimablement reçus par le directeur de la prison qui nous a fait visiter le centre d’incarcération. Le taux d’incarcération au Burkina – et en Afrique de manière générale – est beaucoup plus bas qu’en Occident mais les prisons restent  surpeuplées. Cependant, nous, en France, sommes très mal placés pour leur donner des leçons sur ce sujet en tous cas. La prison est assez petite et est constituée d’une cour en terre avec, en son milieu, un grand bâtiment carré fermé avec des fenêtres d’où pendent de nombreux linges. Aucun détenu dans cette cour. Ils restent confinés à l’intérieur du bâtiment au cœur duquel se trouve une autre cour intérieure, beaucoup plus petite et dans laquelle ils peuvent voir un bout de ciel. Nous n’avons pas été dans ce bâtiment.

Le jardin potager est à l’extérieur immédiat de la prison et seuls y vont  pour l’entretenir les détenus proches de leur libération pour qui cela constitue une sorte de sas de décompression.

 Le potager est superbe et le système d’adduction d’eau du goutte à goutte est astucieux avec un réseau hydraulique qui part du château d’eau alimenté par un forage et alimente  environ six gros bidons répartis dans le jardin d’où partent les tuyaux pour le goutte a goutte installé dans chaque plate bande. Le rendement est deux ou trois fois supérieur à celui d’un potager traditionnel. Il se peut que l’on nous demande de financer des panneaux solaires pour la pompe du jardin, les coupures d’électricité posant un vrai problème.

Puis, après avoir déjeuné avec l’abbé Denis Sandwidi, secrétaire exécutif de Caritas Burkina Tenkodogo, à l’origine de ce projet, nous avons repris notre pick up pour aller à Bittou où nous sommes restés 36 heures.

La relation entre la paroisse de Bittou et notre association est une longue et heureuse histoire qui nous a vus contribuer d’abord au foyer de jeunes filles, puis au collège et enfin au lycée.En 2015-2016, nous avons financé le second étage du bâtiment du lycée dont nous avions déjà financé, en commun avec la Fondation Ste Irénée de Lyon, les fondations et le rez-de-  chaussée.

Le lendemain matin de notre arrivée, accueilli par l’abbé Benjamin Koudougou, le curé de la paroisse, le mercredi 25 janvier donc, à 9h, nous avons été conduits dans l’enceinte du complexe scolaire regroupant le foyer et les deux bâtiments de classes. Là, un accueil exceptionnel nous avait été réservé (quand nous disons « nous », c’est vous tous les donateurs  d’ Amitié et Développement qui êtes honorés, bien sûr) avec les 260 élèves qui nous ont fait une haie d’honneur sur des dizaines de mètres, la haie se refermant progressivement après notre passage dans une ambiance très chaleureuse… Nous avons visité toutes les classes, Denis et moi ayant la charge de remettre tous les tableaux d’honneur du premier trimestre à chaque élève !

Puis, nous nous sommes réunis avec le corps enseignant, avec le nouveau directeur notamment, pour discuter de l’avenir. Il en est ressorti deux points : le premier, facile à régler, consiste à donner une somme d’argent qui reste à calculer,  pour fournir aux élèves les livres de classe édités au Burkina pour le Burkina qui leur sont nécessaires afin de rendre leur travail plus efficace, l’accès à ces bouquins restant toujours difficile. L’idée de leur fournir les livres de France n’est pas du tout une bonne idée car ils ne sont pas adaptés aux programmes locaux. Le second point, plus difficile mais qui vaut vraiment le coup que l’on s’y attelle, vient du constat de l’incapacité de l’enseignement général à les mettre sur le marché du travail. Ils passent leur baccalauréat et sont, faute de formation adaptée, dans l’incapacité à postuler pour un travail qui les fasse vivre, eux et leur famille, sauf à devenir fonctionnaire.

A plusieurs occasions, lors de ce voyage, le même constat a été dressé. Il faudrait donc que notre association puisse contribuer à des formations en alternance. Des collèges techniques sont trop coûteux pour nous, même si nous pourrions y contribuer avec d’autres partenaires mais des mini projets pour quelques jeunes que nous parrainerions pour qu’ils suivent un stage en alternance très contrôlé (par un tuteur) chez des artisans dans différents corps de métier pourrait être envisageable. Il a été convenu qu’ils allaient réfléchir et nous soumettre un projet s’ils arrivaient à mettre sur pied quelque chose.

Si le collège et  le lycée tournent bien, c’est un peu différent pour le foyer de jeunes filles qui a subi une chute de fréquentation sensible. Ce foyer peut accueillir normalement une cinquantaine de filles et il n’y en a qu’une dizaine. La raison : le foyer était mal géré, pas assez de discipline et les parents n’ont pas été satisfaits. Le remède : solliciter une congrégation religieuse pour prendre en charge le foyer. Des discussions, menées par l’évêque de Tenkodogo,  sont très avancées avec quelques congrégations ; resterait à régler la question du  logement des Soeurs mais il semble qu’une solution soit en passe d’être trouvée.

Dans l’après-midi, l’abbé Benjamin nous a emmenés visiter un site de recherche d’or sur lequel s’activent de nombreux orpailleurs. Un village, que nous avons visité aussi, s’est créé ex nihilo à proximité du site : Cette visite a été proprement stupéfiante : toute une communauté s’est installée là-bas pour rapporter des pépites d’or. On creuse un trou très profond (environ 30 mètres) non étayé et un jeune descend au fond du trou pour gratter dans la roche, puis renvoie à la surface des seaux de morceaux de roche, qu’on concasse à la main avec une sorte de gros marteau pour obtenir des grains très fins qu’on passe au tamis dans l’eau et dans lesquels on espère découvrir une pépite permettant de s’acheter tout de suite une moto… Très souvent, il y a des morts suite à des éboulements ou à des inondations. La discipline semble régner avec une répartition des tâches et des puits bien organisée même si des activités de prostitution  accompagnent inévitablement cette activité et que c’est très dur pour ceux qui descendent dans les trous.

Et, comme chaque année, nous avons été rapidement visité un forage à la sortie de Bittou, à Gnangdin, que nous avons financé il y a près de  sept à huit ans. Tout était en ordre : débit, propreté. 

Pouytenga, St Robert, l’école primaire, les engagements de l’Etat Burkinabé…

Le jeudi 26 janvier, nous avons quitté Bittou pour remonter au Nord vers Pouytenga pour visiter, comme à l’habitude, l’école primaire de Saint Robert Bellarmin. Le dernier projet auquel nous avions participé avait été la construction d’un nouveau bâtiment pour trois classes supplémentaires financé sur trois ans grâce à un apport significatif venant de l’association Talents et Partage de la Société Générale.

Et c’est à cet endroit que nous avons touché une fois de plus les conséquences de la crise financière qu’a subie le Burkina suite aux troubles politiques : L ‘Etat n’a plus l’argent nécessaire pour honorer les accords conclus avec l’Eglise Catholique prévoyant le financement public des professeurs du privé. Depuis deux ans, l’Etat ne paie pas les professeurs et c’est l’Eglise qui puise sur ses réserves pour assurer le relais. Conséquence immédiate : aucune nouvelle ouverture de classe de primaire sous contrat tant que l’Etat n’aura pas réglé sa dette. Des contacts récents au plus haut niveau entre l’Eglise et le gouvernement laissent penser que la situation va se débloquer mais cela restera à vérifier.

Dans l’immédiat,  Saint Robert qui avait pris l’initiative de créer ces classes avant d’avoir l’accord de l’Etat ne peut donc ouvrir les trois classes supplémentaires. Le bâtiment, impeccable, est vide sauf une salle qui sert de centre de documentation très bien organisé. La directrice de l’école, Soeur Delphine, était très mal à l’aise vis à vis de nous et nous avons cherché ensemble une solution. Nous lui avons dit, en effet, qu’il n’était pas acceptable pour nous d’avoir financé ce bâtiment qui resterait vide. De retour sur Ouagadougou, nous avons pris rendez- vous à nouveau avec Soeur Blandine, fondatrice de St Robert et très écoutée au sein de la congrégation des SIC (dont dépend St Robert) pour étudier une solution.

Il semblerait qu’il y en ait une qui permette d’occuper le bâtiment en attendant le déblocage de la situation: A côté de St Robert, les Soeurs SIC ont ouvert un collège depuis trois ans et il leur faut d’urgence construire deux nouvelles classes pour les troisièmes. La proposition serait donc d’affecter le bâtiment vide de St Robert deux classes de 6ème créant ainsi la place pour les classes de 3ème au collège. Nous avons chaudement soutenu cette orientation et les SIC comprennent parfaitement qu’il nous est très difficile, voire impossible, d’accepter le statu quo actuel.  Dernières nouvelles reçues par mail de la part de Soeur Blandine : après en avoir parlé au plus haut niveau de la congrégation, le plan suggéré de transférer les deux classes de 6ème dans le nouveau bâtiment de St Robert a été accepté : à la rentrée prochaine, le bâtiment sera donc occupé par deux classes et un centre de documentation qui sera complété  pour inclure les livres nécessaires à la 6ème.

 Ouagadougou, Goundri  in situ …

Le même jour, après St Robert, nous sommes revenus à Ouagadougou pour dîner avec les représentants de Goundri, Frédéric et Jean, après avoir rencontré le premier jour de notre séjour, Léopold de la Fondation TuaRes. Nous avons pu aborder toutes les questions concernant cette école y compris la relation avec TuaRes qu’ils considèrent comme très bonne. Un modus vivendi s’est établi qui permet de continuer cette coopération exceptionnelle.

Le lendemain matin, vendredi 27 janvier, nous avons été sur place à Goundri pour visiter l’école. Nous sommes rentrés dans chacune des classes toujours aussi nombreuses (entre 60 et 80 élèves) et beaucoup de tables et bancs à bout de souffle. Le grand changement, en plus des nouvelles classes construites grâce à notre soutien, c’est la séparation de la cour de l’école en deux, une partie pour le secondaire et une partie pour le primaire. La coexistence était devenue très difficile et TuaRes a bien apprécié le changement. Goundri nous demande de les aider à financer trois classes dont une classe informatique dont le contour reste à préciser. Frédéric voudrait que ces classes soient construites, cette fois, avec des fondations pour permettre la surélévation d’un étage si besoin.

  Diebougou, les filles de la brousse et Loropeni…

Juste après avoir quitté Goundri vers 11h du matin, nous avons pris une excellente route pour faire  environ 300 km pour rejoindre Diebougou au Sud-Ouest du Burkina et rendre visite aux Soeurs SEM avec lesquelles nous menons un programme de formation des filles de la brousse depuis maintenant presque 6 ans (environ une trentaine de filles par an). Cette année 2016-2017 est la dernière. Ce programme consiste à  prendre des filles avec un certain potentiel et leur procurer une formation  morale, scolaire et pratique pour en faire des femmes capables de gérer leur vie dans les meilleures conditions. Une partie de la formation (primaire) est donnée sur place, d’autres sont affectées à des établissements existants. La durée du programme est de trois ans et nous terminons le second programme.

Nous considérions que les résultats atteints ont été bons mais que la formule atteignait ses limites et nous n’étions pas enclins à repartir pour un nouveau programme de trois ans. La bonne nouvelle est que les Soeurs avaient abouti à la même conclusion notamment du fait de la difficulté grandissante de recrutement des filles séduites par la recherche de l’or, de nouveaux sites ayant été découverts, dans cette région aussi.

Les Soeurs vont donc réfléchir à un nouveau projet. En réflexion, un projet d’apprentissage bien structuré à la couture, la broderie pour lesquelles tout l’équipement existe (machines à coudre etc.) mais reste inutilisé pour des raisons de logement des apprentries qui doivent résider sur place. Nous pensons avoir trouvé ensemble une solution mais cela reste à confirmer.

Après avoir passé la journée du samedi 28 janvier à visiter le centre de formation et rencontrer les filles, nous avons consacré la journée de dimanche à visiter Loropeni à environ  120 km de Diebougou en passant par Gaoua dont la ville haute dégage un charme colonial délicieux. Un tiers du trajet en piste rouge, excellente il y a quelques années mais très défoncée maintenant, malheureusement. Le site, inscrit à l’Unesco, est une sorte d’enceinte de deux ou trois hectares entourée de hauts murs en brique rouge en plus ou moins bon état sans rien à l’intérieur et qui daterait du 8eme siècle… l’intérêt est assez limité en fait, plutôt une curiosité de trouver cela à cet endroit et qui soulève pas mal de questions restées sans réponse.

Kordié, les motos-pompes, l’alphabétisation, l’atelier de soudure…

Le lundi 30 janvier, nous avons quitté Diebougou pour remonter vers Koudougou et rencontrer pendant deux jours l’abbé Bationo, curé de Kordié à 50 km de Koudougou au Nord. Nous menons avec ce curé plusieurs projets allant des mini-pompes aux salles d’alphabétisation, des programmes d’alphabétisation et le fameux atelier de soudure qui fonctionne très bien. Cet atelier a donné du travail à quelques jeunes, les commandes sont nombreuses (fenêtres, volets, charrettes) et nous envisageons de les aider pour investir dans de nouveaux matériels à raison de 50% de leur coût. Un bon exemple de ce qui peut être fait dans le domaine de l’apprentissage, en fait : Ces jeunes n’ont pas suivi un cursus scolaire complet mais, sachant lire et écrire, ils gagnent leur vie et ne font pas partie de la cohorte des chômeurs bacheliers ou plus, désespérés de ne rien pouvoir faire de leurs mains.

Le mercredi 1er février, le matin, nous avons visité un jardin maraîcher près d’une retenue d’eau, une salle d’alphabétisation  puis, en début d’après midi, nous avons repris la piste plutôt bonne pour rejoindre Yako puis Ouagadougou.

Ouagadougou, les Moniales de Koubri…

Le jeudi 2, nous avons revu Soeur Blandine pour lui parler de St Robert (voir ci-dessus) et le dernier jour, vendredi 3 février, nous avons passé la journée à Koubri, ce monastère bénédictin de moines et de moniales avec qui notre association entretient une relation particulière depuis l’origine. Cette fois-ci, nous avons été seulement chez les Moniales. Nous avons été reçus par la Mère supérieure, Mère Henriette, qui dirige de manière exemplaire sa communauté depuis de nombreuses années. Après le déjeuner, nous avons pu visiter leur installation impressionnante de fabrication de spiruline pour laquelle elles nous demanderont peut-être une aide pour l’équiper en panneaux solaires.

Puis, le soir,  nous avons repris l’avion pour Paris avec un vol de 12h passant par Abidjan, les équipages d’ Air France ne pouvant plus résider à Ouagadougou pour des questions de sécurité.

En conclusion…

Ce voyage a été très fructueux et est vraiment un encouragement pour continuer à aider ces populations qui vivent dans un environnement très difficile. Globalement, nous avons été très satisfaits de ce que nous avons vu et nous félicitons de la grande qualité  de nos partenaires locaux. Ceci ne veut pas dire que tout soit absolument parfait, rappelons les classes vides de St Robert et le foyer sous-occupé de jeunes filles de Bittou mais ces deux problèmes sont, grâce notamment à des dialogues constructifs avec les responsables, soit solutionnés (St Robert), soit en passe de l’être (foyer de jeunes filles).

Nous revenons avec de nombreux projets : alphabétisation, livres scolaires, formation technique pour filles et garçons, construction de nouvelles classes de secondaire, forages, équipement ateliers de soudure etc… et de nouvelles orientations notamment dans le domaine scolaire en essayant de faciliter aux jeunes leur accès au marché du travail par le parrainage de programmes d’alternance. 

Les relations avec nos partenaires sont confiantes, nos visites régulières et la qualité des suivis renforçant cette confiance.

De manière générale, année après année le pays progresse et récolte les fruits d’une politique volontariste de scolarisation, d’alphabétisation et d’hygiène sanitaire, premières conditions pour avoir une évolution des moeurs leur permettant d’abandonner des pratiques ancestrales pas toujours idéales, loin de là. Les progrès sont cependant encore lents, handicapés qu’ils sont par un taux de natalité très élevé et qui, combiné avec la baisse bienvenue du taux de mortalité, génère une croissance de la population excessive au regard des ressources disponibles (sans vouloir verser dans le malthusianisme), et c’est donc un peu une course sans fin pour assurer un développement équilibré.

Une autre inquiétude, plus conjoncturelle celle-là : celle de voir le Burkina Faso contaminé par l’épidémie djihadiste venant du Mali et du Niger. Cela serait une vraie catastrophe pour le pays. Dans certaines brousses au Nord, des djihadistes interdisent déjà aux chefs de village que les enfants qui suivent une scolarisation bilingue (langue locale et français) que cela soit le français et veulent le remplacer par l’arabe! Le risque existe donc bien. Espérons que la France veillera au grain.